Mosaïque pixelisée de Space Invader collée sur un mur pavé de la Butte-aux-Cailles dans le 13e arrondissement de Paris
Visite Guidée Street Art Paris

Space Invader dans le 13e : Chasse aux Mosaïques à la Butte‑aux‑Cailles

Sophie - Experte Sorties Insolites
Rédigé par SophieExperte Sorties InsolitesPublié le 30 juillet 2026

Space Invader, l'artiste masqué qui a colonisé Paris

Derrière le pseudonyme énigmatique de Space Invader se cache Franck Slama, un artiste français né en 1969, formé aux Beaux‑Arts et connu pour cultiver un anonymat quasi religieux depuis le début de sa carrière. Il porte un masque lors de ses rares apparitions publiques, refuse d'être photographié à visage découvert et n'accorde d'interviews qu'à condition de préserver son identité visuelle. Ce mystère fait partie intégrante de son mythe artistique. Depuis 1998, il pose méthodiquement dans les rues de Paris, puis du monde entier, ses petites créatures pixelisées inspirées du jeu vidéo Space Invaders, sorti en 1978 sur borne d'arcade.

Son projet, baptisé « Invasion », suit une logique quasi militaire. Chaque ville envahie porte un numéro, chaque œuvre est cataloguée, référencée et cartographiée avec précision. Paris fait office de laboratoire originel : c'est ici que tout a commencé et ici que la densité d'invaders est la plus élevée au monde. On compte aujourd'hui plus de 1500 mosaïques dans la capitale, ce qui en fait la ville la plus « envahie » du globe. Le 13e arrondissement, et particulièrement la Butte‑aux‑Cailles, figure parmi les zones les plus denses de cette invasion pacifique et souriante.

L'œuvre d'Invader interroge en profondeur notre rapport à l'espace public, à la culture populaire et au patrimoine. En greffant sur les murs anciens de Paris des créatures issues d'un jeu vidéo des années 80, il crée un pont poétique entre deux mondes que tout oppose : la pierre séculaire haussmannienne et le pixel numérique de la génération arcade. Cette collision esthétique fait aujourd'hui l'objet d'expositions dans les musées les plus prestigieux, du Palais de Tokyo au Musée en Herbe, sans que l'artiste ne cesse pour autant son travail nocturne dans la rue, fidèle à ses origines clandestines.

La technique du carrelage : le secret de la longévité des Invaders

Là où la plupart des street artistes utilisent des bombes aérosol, des pochoirs ou des collages, Space Invader a fait un choix radicalement différent : la mosaïque de carrelage émaillé. Ce parti‑pris technique change tout, et explique pourquoi ses œuvres traversent les décennies là où les créations plus fragiles s'effacent en quelques mois. Chaque invader est assemblé en atelier à partir de carreaux de céramique découpés et collés sur une trame flexible. L'artiste procède ensuite à l'installation nocturne, à l'aide d'un mortier‑colle spécial, sur les façades soigneusement repérées lors de longues errances diurnes.

Sophie, Experte Sorties Insolites

L'avis de notre expert

Sophie - Experte Sorties Insolites

Téléchargez l'application Flash Invaders avant la visite : vous pourrez « flasher » chaque mosaïque croisée pour cumuler vos premiers points et repartir avec un score officiel dans la communauté mondiale des chasseurs.

Cette technique confère aux œuvres une résistance exceptionnelle. Contrairement à la peinture, la céramique ne craint ni la pluie battante, ni les rayons UV du soleil, ni les tags recouvrants. Elle résiste aux nettoyages haute pression pratiqués par les services municipaux, aux graffitis de couverture et à l'usure du temps. Les invaders posés au début des années 2000 sont pour la plupart encore parfaitement lisibles aujourd'hui, avec leurs couleurs vives intactes, comme figés dans une éternité pixelisée qui défie toutes les lois du vieillissement urbain.

Chaque mosaïque possède un code d'identification unique, du type PA_XXXX pour Paris. L'artiste attribue également à chaque pièce un nombre de points, comme dans le jeu vidéo original, selon sa taille, sa complexité et sa localisation. Une application mobile officielle, baptisée Flash Invaders, permet aux fans de photographier les œuvres pour les enregistrer et cumuler des points, transformant la ville entière en un immense terrain de jeu grandeur nature. Cette dimension ludique et participative fait partie intégrante du projet artistique et a créé une communauté mondiale de « flasheurs » passionnés qui parcourent inlassablement les rues à la recherche de nouvelles pièces à découvrir.

La Butte‑aux‑Cailles, terrain de jeu privilégié de l'artiste

Si Paris compte plus de 1500 invaders, la Butte‑aux‑Cailles se distingue par une concentration particulièrement remarquable de mosaïques sur un périmètre restreint. L'artiste semble avoir eu un coup de cœur pour ce village atypique du 13e arrondissement, dont l'architecture basse, les rues pavées et les recoins pittoresques offrent des supports idéaux à ses créations. Chaque angle de mur, chaque cheminée, chaque parapet devient une toile potentielle pour la prochaine invasion nocturne.

Levez systématiquement les yeux lors de votre balade : c'est là que se cachent la majorité des invaders. L'artiste privilégie les hauteurs, à la fois pour éviter le vandalisme et pour créer un effet de surprise chez le passant attentif. Un invader se dévoile souvent au dernier moment, lorsqu'on lève la tête à un carrefour ou qu'on s'écarte légèrement d'un mur pour prendre du recul. La rue de la Butte‑aux‑Cailles, la place Paul Verlaine, la rue des Cinq Diamants, le passage Boiton et la rue Barrault constituent des zones à explorer en priorité. Certains invaders y sont visibles depuis plus de vingt ans, ce qui témoigne à la fois de la solidité de la technique et de la bienveillance des riverains attachés à leur patrimoine artistique.

La particularité du quartier ajoute une dimension esthétique fascinante à la chasse. Les invaders y dialoguent avec les autres œuvres murales : pochoirs de Miss Tic, silhouettes de Jef Aérosol, fresques monumentales de collectifs internationaux… Ce mille‑feuille artistique crée une véritable galerie à ciel ouvert où chaque œuvre entre en conversation avec sa voisine. La densité et la diversité font de la Butte‑aux‑Cailles l'un des rares endroits au monde où l'on peut parcourir en quelques heures à peine un panorama aussi complet du street art contemporain international. Un privilège rare pour les amateurs qui savent où poser les yeux.

Fresque street art de Seth rue de l'Espérance à la Butte-aux-Cailles Paris
Fresques street art rue Alphand lors d'une visite guidée à la Butte-aux-Cailles

Découvrir les mosaïques cachées avec un guide conférencier

Trouver quelques invaders au hasard d'une promenade est déjà une satisfaction en soi, mais partir en chasse méthodique avec un expert transforme radicalement l'expérience. Un guide conférencier connaît les emplacements précis des œuvres, y compris les plus discrètes, celles perchées à cinq mètres de haut ou dissimulées dans des passages confidentiels que le promeneur solitaire ignore souvent. À la Butte‑aux‑Cailles, la Paris Street Art à la Butte-aux-Cailles, disponible pour le tarif accessible de 14,50 €, vous garantit de découvrir un maximum de mosaïques en un temps optimisé, avec une immersion complète de 1h30 au départ du métro Corvisart.

Au‑delà de l'inventaire, le guide replace chaque œuvre dans son contexte : date de pose approximative, code d'identification, nombre de points attribués, anecdotes sur l'installation, œuvres disparues ou déplacées lors de ravalements. Il vous explique aussi le fonctionnement de l'application Flash Invaders, les codes de la communauté mondiale, les rivalités amicales entre chasseurs et les subtilités techniques qui distinguent les différentes séries de l'artiste. Ces détails, invisibles à l'œil non averti, donnent une profondeur inattendue à chaque mosaïque croisée au fil du parcours.

La balade est également l'occasion d'aborder la question passionnante du statut juridique et patrimonial du street art. Faut‑il conserver, restaurer ou laisser disparaître ces œuvres non commandées ? Comment la mairie de Paris et les riverains réagissent‑ils face à cette forme d'expression clandestine ? Autant de sujets qui nourrissent une conversation stimulante tout au long du parcours. Loin d'une simple photo‑safari, cette visite se transforme en véritable initiation à une culture urbaine contemporaine, à la fois ludique, esthétique et intellectuelle. Vous ressortez du parcours avec un regard neuf sur la ville et l'envie irrésistible de continuer la chasse aux invaders lors de vos prochaines déambulations parisiennes.

Questions fréquentes

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